Le festival d’art de rue d’Aurillac – ce que j’y ai appris

Portrait de Nathalie CourbetPar · 11 septembre 2026

Je ne suis allée qu’une fois au festival d’art de rue d’Aurillac, il y a quelques années, et j’y ai fait à peu près toutes les erreurs possibles. J’en parle quand même, parce que ces erreurs sont exactement celles qu’on fait quand on arrive de la ville avec des réflexes de spectatrice de salle.

Ce qu’un festival d’art de rue fait à une ville

Aurillac compte autour de vingt-cinq mille habitants. Pendant le festival, la ville en accueille plusieurs fois plus, et ce n’est pas une estimation que je peux vérifier moi-même, c’est ce qu’on m’a dit sur place et ce qu’écrivent les comptes rendus.

Ce que je peux décrire, c’est l’effet. Il n’y a plus de voitures dans le centre. Les trottoirs ne servent plus à circuler. Des gens dorment dans des parcs, d’autres montent des structures sur des parkings, et à peu près chaque mètre carré plat est occupé par quelque chose.

La première après-midi, j’ai essayé de traverser la ville d’un point à un autre en suivant un itinéraire. Ça m’a pris une heure et quart pour un trajet de quinze minutes, et j’ai raté les deux choses que je voulais voir. Le lendemain j’ai arrêté de prévoir.

Des parapluies colorés au-dessus d'une rue bondée

La programmation officielle n’est qu’une moitié

C’est le point que je n’avais pas compris avant d’y être. Il y a une programmation officielle, sélectionnée, annoncée dans le programme. Et il y a tout le reste, les compagnies qui viennent jouer sans être programmées, s’installent où elles peuvent et distribuent des tracts.

Cette seconde partie est beaucoup plus grosse que la première. Le tract devient le vrai média : on en reçoit trente par jour, on en garde quatre, et on choisit sur une phrase et un horaire.

Mes deux meilleurs souvenirs venaient de tracts. Le spectacle officiel que j’avais coché trois semaines à l’avance m’a laissée tiède, ce qui m’a appris quelque chose sur ma façon de choisir.

Lire un tract en dix secondes

Je regarde trois choses : la durée, le lieu, et s’il y a une phrase concrète ou seulement des adjectifs. Un tract qui annonce une forme de trente-cinq minutes sur un parking nommé précisément a beaucoup plus de chances d’être tenu qu’un tract qui promet un voyage sensoriel sans dire où.

Ce filtre est grossier et il m’a bien servi. la notice du festival d’Aurillac donne le contexte historique de cette organisation à deux étages, qui ne date pas d’hier.

Mes erreurs, dans l’ordre

Voici ce que je referais autrement, et je les liste parce que je les ai toutes commises dans les mêmes trois jours.

  • Prévoir quatre spectacles par jour. Deux suffisent, trois est déjà beaucoup avec les déplacements.
  • Prendre des chaussures neuves. On marche entre douze et vingt kilomètres par jour.
  • Croire qu’on mangerait assis quelque part à midi. Il faut emporter.
  • Se loger à quarante minutes de voiture. Le stationnement du retour est le pire moment de la journée.
  • Ne pas emporter de vêtement chaud. Les soirées d’août en Cantal descendent sous les dix degrés.
Cinq personnes en costumes de scène, devant un public

Ce qui m’a le plus marquée

Une forme courte, vingt minutes, trois comédiens, sur un bout de parking derrière une école. Quarante spectateurs. Pas de sono, pas de lumière, rien qu’un praticable et des voix qui portaient.

À la fin, une des comédiennes a fait passer un chapeau en expliquant franchement combien coûtait leur venue. Ça aurait pu être gênant et ça ne l’était pas du tout. J’ai trouvé ça plus honnête que n’importe quelle billetterie.

C’est le seul spectacle des trois jours dont je me souviens encore précisément. Je n’ai pas noté le nom de la compagnie, et je le regrette toujours.

Des tentes et des voitures rassemblées dans une prairie

Dormir, manger, se déplacer

La logistique occupe une part du séjour que je n’avais pas anticipée. Les hébergements du centre se réservent des mois à l’avance, les campings temporaires sont pleins, et beaucoup de gens dorment en voiture sur des parkings périphériques.

Pour manger, les points de restauration existent mais les files atteignent vingt à trente minutes aux heures normales. La solution de tout le monde, que j’ai adoptée au deuxième jour, consiste à décaler les repas : déjeuner à onze heures, dîner à dix-huit.

Se déplacer se fait exclusivement à pied. Toute idée de reprendre la voiture pour aller d’un bout à l’autre de la ville doit être abandonnée dès l’arrivée. J’ai vu des gens essayer. Ils y sont encore.

Avec des enfants, honnêtement

Je n’y avais pas emmené les miens et je ne le ferais pas avant qu’ils aient dix ou douze ans. La densité, la marche, le bruit et les horaires tardifs forment une combinaison difficile pour un enfant de six ans.

Cela dit, j’ai croisé beaucoup de familles avec de jeunes enfants qui avaient l’air de très bien s’en sortir, souvent en restant dans un périmètre réduit autour d’un parc. C’est sans doute la bonne stratégie : choisir un quartier et y rester la journée entière.

Le programme, et comment je le lis maintenant

J’ai gardé l’habitude de lire le programme chaque été, même les années où je n’y vais pas. Je le parcours en cherchant trois choses : les compagnies de ma région, les formes de moins de quarante minutes, et les créations annoncées comme des premières.

Les compagnies de ma région me disent ce que je pourrai voir près de chez moi dans les deux ans. C’est le meilleur indicateur d’avance que je connaisse, et il est public et gratuit.

Y retourner, ou pas

Je pense y retourner, avec deux conditions : sans enfants, et sans objectif. Les trois jours m’ont épuisée et j’avais passé une partie du temps à courir après un programme.

Entre temps, j’ai trouvé que les petites programmations près de chez moi me donnaient un rapport plaisir sur fatigue bien meilleur. Ce que raconte ma méthode pour trouver un spectacle autour de moi, et ce que j’ai vu en fanfare à Nantes sur un week-end en est une illustration directe.

Mais lire le programme d’Aurillac chaque été reste un rendez-vous. C’est le meilleur catalogue de ce qui tourne en France, et il est gratuit.

Une chose encore, sur laquelle je n’ai pas d’avis tranché : le festival a cette double nature, officielle et libre, depuis longtemps, et certains trouvent que la partie non programmée est devenue trop grosse. Je n’ai pas assez de recul pour en juger. Ce que j’ai constaté sur trois jours, c’est que les deux parties ne se font pas concurrence pour le même public, et que la seconde est la seule par laquelle une compagnie sans réseau peut se faire voir.

Si vous y allez une première fois, le conseil que j’aurais aimé recevoir tient en une phrase : choisissez un quartier le matin, restez dedans, et prenez ce qui passe.