La question qui revient le plus souvent quand j’en parle autour de moi : comment tu fais pour tomber là-dessus ? La réponse honnête, c’est que pendant longtemps je ne faisais rien, je tombais dessus par hasard. Chercher un spectacle autour de moi est devenu une habitude seulement après deux ou trois déceptions, le jour où j’ai raté quelque chose qui se jouait à six cents mètres de chez moi.
Voici les cinq réflexes que j’ai gardés, et celui que j’ai laissé tomber.
Un spectacle autour de moi commence par le site de la commune
C’est le moins séduisant et c’est le plus efficace. La rubrique agenda des sites municipaux liste les événements qui occupent l’espace public, parce que la commune a dû délivrer une autorisation d’occupation. Rien d’autre ne couvre ça aussi complètement.
Le défaut, c’est la présentation. Les agendas municipaux mélangent le vide-grenier du comité de quartier, le conseil citoyen et une déambulation de cirque, dans la même liste triée par date. Il faut lire.
Je regarde celui de ma commune le dimanche soir, pour la semaine à venir, et celui des deux ou trois communes limitrophes une fois par mois. Dix minutes en tout.

Suivre trois ou quatre compagnies, pas trente
La deuxième source, ce sont les compagnies elles-mêmes. Quand j’ai aimé quelque chose, je note le nom sur le moment et je vais voir leur page le soir. La plupart publient leur calendrier de tournée, et une tournée passe souvent deux fois dans la même région à six mois d’écart.
J’en suis quatre. J’ai essayé d’en suivre quinze et je ne lisais plus rien. Quatre, ça tient, et ça suffit à remplir trois ou quatre sorties par an.
Les festivals, même ceux qu’on ne fera pas
Les programmations de festivals d’arts de la rue sont les meilleurs catalogues qui existent. Même sans y aller, les parcourir apprend quelles compagnies tournent cette année et quelles formes circulent.
Je lis celui d’Aurillac tous les étés. Je n’y suis allée qu’une fois, et pourtant c’est là que j’ai repéré la moitié de ce que j’ai vu ensuite près de chez moi, parfois deux saisons plus tard. Le la page spectacle vivant du ministère de la Culture recense aussi les structures labellisées, ce qui aide à comprendre qui produit quoi.

Le lieu plutôt que la date
Celui là m’a pris du temps à formuler. Certaines places accueillent du spectacle en permanence, et d’autres jamais. Les premières ont en commun une surface plate, une limite visuelle sur au moins deux côtés et une absence de circulation le week-end.
Une fois qu’on a identifié trois ou quatre places comme ça dans sa ville, on peut y passer sans rien savoir. Chez moi c’est le Bouffay, le cours Cambronne et le parvis de la gare côté sud. J’y passe le samedi quand je n’ai rien de prévu, et je tombe sur quelque chose une fois sur trois.
Comment je repère une place qui marche
Je regarde où sont les bancs. Une place sans assise ne retient personne, et les compagnies le savent. Je regarde aussi la pente : une dalle inclinée, même légèrement, rend le montage d’une structure beaucoup plus compliqué.

Demander, sur place, tout de suite
Le cinquième réflexe est le plus simple et c’est celui que j’oublie le plus. Les gens qui tiennent un stand, les techniciens qui rangent, les bénévoles en gilet : ils savent ce qui se passe le lendemain. Une question posée à la fin d’un spectacle rapporte plus qu’une heure de recherche.
Pour une sortie en famille, voici ce que je demande systématiquement avant de me déplacer.
- L’heure réelle de début, qui n’est pas toujours l’heure annoncée sur l’affiche.
- La durée, pour savoir si ça tient avant ou après un repas.
- Gratuit, au chapeau, ou payant : la différence change tout pour une famille de quatre.
- S’il y a de quoi s’asseoir, ou s’il faut apporter un pliant.
- Ce qui se passe en cas de pluie, parce que la réponse varie beaucoup d’une compagnie à l’autre.
Les saisons comptent plus que les sources
Aucun de ces cinq réflexes ne sert à grand-chose en janvier. La saison des arts de rue va d’avril à octobre dans l’ouest de la France, avec un creux en août dans les villes et un pic en juin et en septembre.
Ça paraît évident et pourtant j’ai perdu deux hivers à rafraîchir des agendas vides. Maintenant je m’organise autrement : de novembre à mars je lis, je note les compagnies repérées dans les programmes de l’été, et je prépare la saison suivante. C’est moins frustrant que de chercher ce qui n’existe pas.
Il reste des exceptions. Les marchés de fin d’année attirent des formations itinérantes, et certaines villes programment des déambulations en décembre. Mais ce sont des cas isolés, pas une saison.
Et quand on n’est pas chez soi
En déplacement, les trois premiers réflexes fonctionnent à l’identique : agenda de la commune, compagnies suivies, programmes de festivals. Le quatrième, celui des places, demande une adaptation, parce qu’on ne connaît pas la ville.
Ce que je fais dans ce cas : je regarde une carte et je repère la place piétonne la plus proche de l’office de tourisme. Dans neuf villes sur dix c’est la bonne, parce que c’est là que la municipalité autorise l’occupation et que les commerçants ne s’y opposent pas.
Le cinquième réflexe, demander, devient alors le plus rentable de tous. Les gens de l’office de tourisme savent, et contrairement à ce que je croyais ils ne vous orientent pas systématiquement vers les billetteries payantes. Il faut poser la question précisément : est-ce qu’il se passe quelque chose dehors, gratuitement, ce week-end.
J’ai trouvé comme ça une déambulation de douze personnes à Angers un dimanche de mai, en posant la question à quelqu’un qui tenait un stand de cartes postales. Il m’a donné l’heure et le point de départ. Aucun site ne l’annonçait.
Celui que j’ai abandonné
Les plateformes de billetterie généralistes. J’y ai cru pendant une saison. Le problème est structurel : elles référencent ce qui se vend, et une forme gratuite jouée sur une place ne se vend pas. Un théâtre de rue n’y apparaît presque jamais, et quand il y apparaît c’est la version en salle d’une compagnie qui joue aussi dehors.
Je les ai gardées pour autre chose, mais pour ce qui m’intéresse ici elles ne servent à rien.
Ce que ça donne concrètement
Avec ces cinq réflexes, je sors deux à trois fois par mois d’avril à octobre, et beaucoup moins l’hiver. Le taux de déception est faible, pas parce que je choisis bien, mais parce que je n’ai rien payé et rien réservé : si ça ne me plaît pas, je m’en vais au bout de dix minutes et je n’ai rien perdu.
C’est probablement ce que je préfère dans ces formes là. Le droit de partir. Dans une salle, s’en aller au bout d’un quart d’heure demande de déranger six personnes et de supporter les regards. Dehors on recule de trois pas et on disparaît, et la compagnie ne le voit même pas.
Le revers, c’est qu’il faut accepter de perdre des samedis. Sur dix sorties lancées sans rien savoir, j’en compte trois qui ne donnent rien, trois correctes et quatre dont je parle encore des mois après. Ce ratio me convient, mais il faut le savoir avant de commencer.
Si vous voulez voir à quoi ça ressemble en pratique, mon week-end en fanfare à Nantes raconte trois jours construits exactement comme ça, et le spectacle de cirque sur le parvis à Rezé est le type de chose qu’on trouve par l’agenda municipal et nulle part ailleurs.