Un spectacle de cirque sur le parvis – ce que j’ai vu à Rezé

Portrait de Nathalie CourbetPar · 7 août 2026

Je suis allée voir un spectacle de cirque sur le parvis de la Maison radieuse à Rezé, un samedi de fin d’après-midi, parce qu’une voisine m’avait dit qu’il y aurait un mât. Je ne savais pas ce qu’était un mât chinois. J’ai compris en arrivant : une perche verticale de huit mètres, haubanée au sol par quatre câbles, plantée au milieu d’une dalle en béton.

Quarante minutes avant un spectacle de cirque

On est arrivés tôt, par erreur. Ça s’est révélé être la meilleure partie.

Deux personnes montaient la structure. Elles ont tendu les haubans un par un, en vérifiant la tension à la main, puis l’une d’elles est montée à deux mètres et s’est laissée pendre de tout son poids pour tester. Personne ne regardait, à part nous et un retraité assis sur son pliant. C’est un moment que je trouve presque plus intéressant que le spectacle, parce qu’on y voit le travail.

Le public s’est formé dans le dernier quart d’heure. Au départ dix personnes, puis quarante, puis à peu près cent cinquante au moment du début. Les gens s’asseyaient par terre sans qu’on le leur demande, et les derniers arrivés restaient debout derrière.

La façade de béton brut d'un immeuble moderniste

Le vent change tout

Ce que je n’avais pas prévu, c’est le rôle du vent. Il soufflait assez fort de l’ouest ce jour là, et le mât bougeait. Pas beaucoup, quelques centimètres en haut, mais visiblement.

L’artiste a commencé par trois montées courtes, jusqu’à mi-hauteur, sans figure. Avec le recul je pense qu’elle prenait la mesure du mouvement. Elle est redescendue, a parlé deux minutes au public, puis elle est remontée jusqu’en haut.

Il y a eu une figure, un drapeau, le corps à l’horizontale tenu par les bras seuls, qui a duré peut-être quatre secondes. Le parvis s’est tu d’un coup. J’ai entendu une mouette. C’est le genre de silence qu’on n’a jamais dans une salle, parce que dans une salle le silence est organisé.

Un funambule en costume rouge avance sur un fil, balancier en main

Ce que le dehors apporte, et ce qu’il coûte

Le dehors donne le ciel, l’échelle réelle du bâtiment derrière, les passants qui traversent sans savoir. Il donne aussi des choses moins agréables : un camion de livraison qui recule en bipant pendant deux minutes, un groupe d’ados qui commente fort, le soleil rasant qui tape dans les yeux de la moitié du public.

Je ne sais pas juger la difficulté technique de ce que j’ai vu. Je n’ai aucune formation là-dedans et je ne vais pas faire semblant. Ce que je peux dire, c’est que la proximité change le rapport : à huit mètres de distance horizontale, on voit la tension des avant-bras et on entend la respiration. Pour ce que recouvre le cirque contemporain, la documentation en ligne est plus complète que ce que je saurai jamais en écrire.

En pratique, si vous y allez

Le parvis est accessible en tramway, ligne 2, arrêt Hôtel de Ville à Rezé, puis cinq minutes à pied. L’entrée était libre. Il n’y a aucun siège : prévoyez de vous asseoir par terre ou d’apporter un pliant, comme le retraité qui avait tout compris avant tout le monde.

Avec des enfants, ça tient très bien à partir de cinq ou six ans, à condition de se mettre devant et au sol. Mon fils a suivi les quarante minutes sans bouger. Ma fille, plus jeune, a décroché vers la trentième. La durée annoncée était de cinquante minutes, le spectacle en a duré quarante deux.

Un détail qui compte : il n’y avait aucune toilette publique à moins de dix minutes. Prévoyez.

Le public, vu de dos

J’avais pris le parti de m’asseoir sur le côté plutôt que devant, et ça m’a donné une vue sur le public que je n’ai pas d’habitude. Une centaine de personnes assises par terre sur du béton, en plein soleil, à regarder vers le haut pendant quarante minutes.

Ce qui m’a frappée, c’est la synchronisation des nuques. À chaque montée, cent têtes basculent en arrière dans le même mouvement, puis redescendent ensemble. Personne ne commande ça. Dans une salle de spectacle, le public est assis face à la scène et cette mécanique est invisible.

Un enfant de trois ou quatre ans, deux rangs devant moi, a passé la totalité du spectacle debout, bras levés, en imitant. Sa mère a renoncé à le faire asseoir au bout de dix minutes. Personne derrière ne s’est plaint, parce qu’il mesurait quatre-vingt-dix centimètres.

Un public assis par terre, tourné dans la même direction

Ce que coûte une sortie comme celle là

La question du budget revient souvent quand j’en parle, alors voici les chiffres réels pour une famille de quatre, ce samedi là.

Poste Montant
Tramway aller-retour, deux adultes deux enfants 7,40 €
Entrée du spectacle 0 €
Chapeau à la fin 10 €
Goûter sur place 8 €
Total 25,40 €

Le chapeau n’était pas obligatoire et personne n’est passé le tendre. Deux artistes l’ont posé au sol à la fin, et à peu près un tiers du public a mis quelque chose. J’y mets dix euros par principe quand le spectacle a duré plus d’une demi-heure, parce que le montage à lui seul représente une matinée de travail pour deux personnes.

Si on compare à une sortie en salle équivalente, on est entre cinq et dix fois moins cher. Je le dis sans militantisme : c’est simplement ce qui rend possible d’y aller trois fois par mois.

Deux choses que je n’avais pas vues venir

La première : le spectacle n’a pas de début franc. Il n’y a pas de noir, pas de trois coups, pas d’annonce. L’artiste s’est simplement mise à bouger, et il a fallu trente secondes au public pour comprendre que ça avait commencé. J’ai trouvé ce flottement très beau, et je ne crois pas qu’il soit accidentel.

La seconde : la fin a été franche, elle, et courte. Un salut, pas de rappel, la structure démontée dans la demi-heure. Le parvis était redevenu un parvis avant que j’aie fini mon café. Il ne restait rien, et c’est exactement ce qui rend ces formes là difficiles à raconter.

Ce que j’en garde

Le moment que je raconte le plus souvent n’est pas la figure en haut du mât. C’est le test des haubans, quarante minutes avant, quand personne ne regardait. Je trouve que ça dit quelque chose de juste sur ce métier.

Si ce genre de forme vous intéresse, j’ai aussi écrit sur le trapèze en plein air, qui pose des problèmes assez différents, et mon carnet de trois jours en fanfare à Nantes raconte un week-end entier dans le même esprit.

Je repartirai. Si possible un jour sans vent, pour voir ce que ça change.