Une batucada place du Bouffay – quel instrument fait quoi

Portrait de Nathalie CourbetPar · 26 août 2026

J’ai mis trois ans à comprendre quel instrument de batucada produisait quel son. Pendant longtemps j’entendais un bloc, fort et joyeux, sans rien distinguer dedans. Ce samedi d’avril place du Bouffay, j’étais arrivée tôt et je me suis assise sur une marche pendant l’accordage. En vingt minutes, j’ai appris plus que pendant les trois années précédentes.

Le premier instrument de batucada à repérer : le surdo

Le gros tambour porté en bandoulière, frappé avec une mailloche à tête molle. C’est lui qu’on sent dans la poitrine avant de l’entendre. Ils étaient quatre ce matin là, et les quatre ne jouaient pas la même chose : deux sur le temps fort, deux en décalé, ce qui donne cette sensation de balancement qu’on attribue à tort à la vitesse.

Si vous ne deviez repérer qu’un seul instrument, prenez celui-là. Quand le surdo s’arrête, tout le reste paraît soudain léger et un peu perdu. J’ai vu le meneur le couper pendant huit mesures, juste pour ça, et une partie du public a ri de surprise.

Deux baguettes sur une caisse claire, en gros plan

La caixa, le bruit blanc

La caisse claire portée haut, près de l’épaule, avec un timbre métallique en dessous. C’est elle qui produit le grésillement continu qu’on prend pour de la saturation quand on est trop près.

Elles étaient six. De loin, six caixas sonnent comme une seule. À deux mètres, on entend les décalages, et ce n’est pas aussi propre qu’on l’imagine. J’ai trouvé ça rassurant.

Ce que ça donne à dix mètres

La distance change complètement le mélange. À trente mètres, on entend le surdo et presque rien d’autre. À dix mètres, les caixas prennent le dessus. À deux mètres, on entend un seul instrument, celui devant lequel on se tient, et plus rien du reste.

Le bon compromis, pour moi, se situe autour de huit à douze mètres, légèrement sur le côté. C’est à peu près la distance d’une terrasse de café à l’autre côté d’une place.

Des fûts de percussion éclairés, vus de près

Le repinique et l’agogô, qui parlent

Le repinique est un petit fût aigu que le meneur porte souvent lui-même. Il sert à donner les départs et les changements de rythme : une phrase courte, deux secondes, et tout le groupe bascule sur autre chose. C’est le seul instrument de batucada dont la fonction est de dire quelque chose plutôt que de tenir une place.

L’agogô, ce sont deux cloches soudées, une grave et une aiguë, frappées avec une baguette. Il y en avait un seul, tenu par quelqu’un qui devait avoir soixante-dix ans et qui ne quittait pas le meneur des yeux. Son motif revenait toutes les deux mesures, toujours identique, et c’est lui qui donnait le repère quand le reste partait dans tous les sens.

Pour la nomenclature complète, la fiche encyclopédique de la batucada est plus rigoureuse que mes notes de marche.

Ce que j’écoute maintenant

Depuis ce matin là, j’ai une méthode d’écoute que j’applique à chaque fois. Elle ne demande aucune connaissance musicale.

  • Trente secondes sur le surdo seul : trouver la pulsation, battre du pied dessus.
  • Trente secondes sur les caixas : repérer le grésillement et sa régularité.
  • Trente secondes sur le meneur : attendre un changement et voir qui le déclenche.
  • Puis lâcher, et laisser le bloc revenir. Il revient différent.

Ma fille a repris cet exercice toute seule la fois d’après, sans que je lui demande. Elle a six ans et elle est maintenant capable de dire quand le gros tambour s’arrête. Je ne sais pas à quoi ça lui servira.

Les instruments qu’on oublie toujours

Il restait deux choses que je n’avais jamais remarquées. Le tamborim, un petit cadre tendu frappé avec une baguette en plastique souple, qui produit un claquement très aigu et très sec. Et le chocalho, une sorte de cadre à cymbalettes secoué à deux mains, qui donne une nappe continue.

Ces deux là sont inaudibles séparément à dix mètres et parfaitement audibles quand ils s’arrêtent. C’est le principe général de cette musique : la plupart des instruments se définissent par leur absence plus que par leur présence.

Le joueur de chocalho était le seul du groupe à ne jamais s’arrêter. J’ai compté : vingt-deux minutes de secouage ininterrompu. Ses avant-bras s’en souviennent probablement encore.

L’accordage, qui n’en est pas un

Ce que j’appelais accordage n’en est pas un, au sens où on l’entend pour un piano. Les percussionnistes tendent les peaux à la clé, une à une, et comparent à l’oreille par paires. Ça dure vingt minutes et ça ressemble à un bazar complet.

En réalité il se passe quelque chose de précis : les surdos doivent être écartés les uns des autres en hauteur, pas identiques. Deux surdos accordés pareil sonnent plat. Le meneur passait d’un joueur à l’autre, frappait, écoutait, faisait un geste.

Je le regarde maintenant à chaque fois, et c’est devenu une partie du plaisir. Arriver vingt minutes en avance est le meilleur conseil que je puisse donner pour une sortie de ce genre, tous spectacles confondus.

Un marché couvert vu d'en haut, avec ses galeries

Place du Bouffay, en pratique

La place est pavée, plate, et bordée de terrasses sur trois côtés. C’est une bonne place pour les percussions parce que les façades renvoient le son et que personne n’habite au rez-de-chaussée. Accès par le tramway, ligne 1, arrêt Bouffay, la place est à la sortie.

Il n’y a presque rien pour s’asseoir à part les marches du côté nord, qui sont prises dès dix heures le samedi. Les terrasses sont une solution confortable et coûteuse : comptez le prix d’une consommation par personne pour garder une table pendant une heure.

Avec des enfants, les percussions sont le genre de spectacle qui marche très tôt, dès deux ou trois ans, à condition de prévoir des bouchons. Le niveau sonore à cinq mètres d’un groupe de vingt est réellement élevé, et je ne l’avais pas pris au sérieux la première fois.

Pour aller plus loin

Ce matin de batucada est raconté plus largement dans mon carnet de week-end en fanfare à Nantes, où je compare trois formations très différentes. Et si vous cherchez où en trouver près de chez vous, mes cinq réflexes pour trouver un spectacle autour de moi détaillent la méthode.

Je retourne au Bouffay à peu près une fois par mois. Pas pour la batucada en particulier, mais parce que c’est une des trois places de Nantes où il se passe quelque chose assez souvent pour que le détour en vaille la peine.

Une dernière note, pour qui voudrait essayer de jouer plutôt que d’écouter : plusieurs de ces groupes acceptent des débutants et le disent sur place, en fin de prestation. Je n’ai jamais franchi le pas. Je reste du côté du trottoir, et ça me va très bien.